Pierre Clément, Effets variables

Publié le 21 Mai 2012

Expos Omnibus 9512

L’exotique, 2012
Bois aggloméré, 300 x 300 x 50 cm


Pierre Clément, Effets variables

Exposition du 15 mai au 16 juin 2012, Omnibus, Tarbes

 

Il y a dans le travail plastique de Pierre Clément des préoccupations qui sont le reflet d'une génération. Celle qui s'est développée à la fin du XXe siècle en même temps que les nouvelles technologies d'information et de communication, et qui a vu la télévision, les médias et d'une manière générale les images envahir le quotidien. Une foule d'images et de textes véhiculée grâce aux progrès de la machine. Des monceaux d'informations de toutes natures diffusées sur le Net, accessibles en un clic : un terrain de jeu parfait pour Pierre Clément. Nourri par ce flux, il réalise des pièces qui interrogent les représentations mentales et sociales générées par la dite « Société de l'information », tout en prenant un malin plaisir à jouer avec les codes, les langages et les outils issus de la technologie.

 

Le titre choisi pour l'exposition illustre l'ironie qui domine dans ses productions. Effets variables... C'est l'impression que le visiteur pourrait ressentir devant l'ensemble des pièces proposées par le jeune artiste. Souvent minimales et parfois pauvres d'aspect, ses œuvres sont des signes à décrypter, l'ensemble pouvant fonctionner comme un rébus. Différentes représentations d'une histoire d'artifices et de glissements parfois subtils d'une réalité à une autre, teintée d'un regard cynique sur certains aspects du monde contemporain tels que la politique ou la finance.

En tout cas, Pierre Clément n'hésite pas à faire mauvais effet en exposant dès l’entrée un empilement de petits paquets rectangulaires emballés qui évoquent les saisies de drogue. Intitulé Zone interdite, ce travail souligne le côté factice de l’actualité et finalement le non sens contenu dans cette pseudo réalité livrée en pâture au grand public. Un tas de drogue exhibé comme un trophée au journal télévisé de 20 heures, pourtant ridicule au regard de l'ampleur du trafic et de la réalité économique et sociale qu'il recouvre. Pierre Clément multiplie les détournements en s’amusant de présenter un simple amas de formes en scotch pour incarner fugitivement une manne financière colossale.

Pour L’exotique, il s’est inspiré du logo d’un jeu vidéo, une illustration de palmier réduit à un archétype stylisé par les pixels, qu’il transforme en monument d’aggloméré. Couchée sur le côté, l’imposante sculpture de bois brut entraîne avec elle la vision d'un exotisme de pacotille tombé à terre, comme un écho à la situation réelle que cache bien souvent l'illusion des tropiques.

Avec Loading forever, Pierre Clément fait surgir une autre icône de la surface de l’écran, en imaginant une forme simulant une barre de chargement, symbole informatique courant de la durée de travail nécessaire à l’ordinateur pour répondre à une requête. Représentation du temps qui s’écoule et synonyme d’une certaine impuissance humaine, cet objet chargeant pour l’éternité des données invisibles s’affiche comme une Vanité contemporaine.

Pierre Clément procède volontiers par accumulation, répétition d’un même motif, d’un objet ou d’un geste. Il multiplie les grilles, les motifs géométriques et les séries, combinant méthode et hasard dans la lignée de François Morellet, dont il admire le travail. Son installation Hectares occupe l’espace avec des centaines de mètres alignés selon un quadrillage régulier, les rubans tirés à des hauteurs différentes. Comme les brins d’herbe dans un champ, l’ensemble de tous ces éléments à la fois identiques et distincts forme une nappe unifiée. Au-delà de la pointe d’absurdité qui affleure dans la tentation de mesurer le vide, la scène provoque une fascination visuelle quasi hypnotique, chaque point de vue permettant une nouvelle lecture.

En filigrane comme ici dans de nombreux titres d’œuvres (Le buisson, La pluie, Le champ, La souche…), la question du paysage apparaît comme un axe important des expériences plastiques menées par Pierre Clément. Dans la série Mes paysages, il se sert de logiciels et de ressources Internet comme matériau. Il utilise des images de fonds d’écran pour ordinateurs représentant des scènes toujours idéales, qu’il recompose, en sélectionnant et en recollant plusieurs fois de manière aléatoire des milliers de lignes de 1 pixel. Pierre Clément réalise ainsi des tableaux digitaux que l’on peut rapprocher du Glitch Art, mot issu du jargon informatique pour signifier un défaut de fonctionnement, devenu art d’exploiter des bugs pour créer un visuel artistique.

 

Pour cette première exposition personnelle qui éclaire une réflexion artistique articulée autour des relations entre réel et artificiel, et la révélation des passages qui s’opèrent dans cet aller-retour, Pierre Clément propose un ensemble de pièces susceptibles de modifications, des images déformées par des filtres, des paysages fragmentés, déchus, le tout dominé par une esthétique « Do it yourself », et la neige qui tombe dans le regard vide des grands de ce monde. Effets variables

 

Erika Bretton

 

 

« Je pense qu’il y a aujourd’hui plus d’images dans le monde que de réalité même. », Thomas Demand, cité par Jean-Max Colard, « l’ère du soupçon », Qu’est-ce que l’art aujourd’hui, numéro spécial Beaux-arts Magazine, mai 2002.

 

En savoir plus sur Pierre Clément : http://pierreclement.tumblr.com/ - http://pierreclement.eu

 

Rédigé par OMNIBUS

Publié dans #Expositions

Repost 0
Commenter cet article